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Aaron Curry 'White Off'
1 juin - 22 juillet 2012
Entretien avec Aaron Curry via Skype, le 23 mai 2012.
Julie Boukobza
Comment avez-vous abordé votre première exposition à la galerie de Bruxelles ?
J’ai visité la galerie il y a quelques mois et j’ai simplement commencé par faire des
croquis en réponse à l’espace. Mes dernières expositions étaient basées sur une idée
d’abstraction assez vague qui reposait sur différentes formes de camouflage, à partir
de motifs que j’avais créés sur ordinateur. J’ai recouvert les salles et les sculptures du
même motif de sorte que les formes s’effacent selon l’angle de vue et changent au fur
et à mesure de la visite. Pour cette exposition, j’ai décidé de me servir de ce qui était
déjà là, c’est-à-dire les murs blancs. La salle principale se compose de sculptures et
d’oeuvres murales toutes blanches.
Il semble que vous ayez décidé dans cette exposition de faire une distinction
claire entre l’oeuvre d’art fabriquée à la main et celle fabriquée à la machine ?
Il y a une distinction, mais elle n’est pas aussi grande qu’il y paraît. Les oeuvres ont
été produites à partir de maquettes que j’avais faites rapidement à la main avec une
scie sauteuse, presque comme si c’était des croquis. Elles ont ensuite été scannées,
agrandies et produites en métal. Dans ces cas-là le geste que je fais à la scie est
amplifié. Quelque chose qui faisait peut-être six pouces fait maintenant six pieds. Je
considère ça comme une amplification du travail manuel. Le geste original a été
réinterprété, mais il reste très physique et est encore plus intense. C’est comme
brancher une guitare dans un ampli pour lui donner plus de volume. Pour moi, ces
oeuvres fonctionnent de la même manière.
On dit souvent que dans votre travail vous passez facilement d’une dimension à
l’autre, que la frontière entre les deuxième et troisième dimensions semble floue.
Comment expliquez-vous cela ?
J’ai débuté comme peintre, et lorsque j’ai commencé à réaliser des sculptures, il
s’agissait plutôt de tableaux encombrants qui se détachaient des murs. Plus elles
remplissaient l’espace, et plus je me rendais compte que leur maladresse me plaisait,
que l’espace qu’elles habitaient était à la limite entre les deuxième et troisième dimensions. La frontière reste floue, en quelque sorte. Je n’ai pas grandi dans un
environnement artistique, et ma compréhension de l’art et de la sculpture vient donc
des livres. Ayant ainsi appris à regarder l’art à partir d’une surface plane dans un livre,
sur une pochette de disque ou même sur un écran d’ordinateur, j’ai toujours aimé
l’ambivalence de son côté illusoire. J’aime rechercher cet entre-deux dans mon travail.
Je suppose que je m’efforce toujours de faire ressortir mes peintures en trois
dimensions, tout en essayant de faire le contraire avec mes sculptures, de les aplatir
pour les faire entrer dans les murs qui les entourent.
Pensez-vous que le numérique et/ou l’analogique font consciemment partie de
votre pratique artistique ?
Je ne sais pas. L’analogique me fait penser à la musique parce que j’ai été musicien et
c’est comme ça que je comprends la différence. En ce qui concerne la création
d’oeuvres d’art, je ne sais pas comment on peut y appliquer l’analogique. Si l’on pense
à l’analogique dans le domaine de la musique – pour un enregistrement, par exemple
– il y a toujours une relation au temps. Cela peut être une boucle, ou quelque chose
qui progresse sans cesse. On peut couper et coller, mais cela prend généralement du
temps et aboutit à un résultat assez rudimentaire. Le numérique permet de couper et
coller plus rapidement et plus facilement. C’est dans sa nature, ce que je trouve très
intéressant. Je suis sans doute nostalgique de l’approche analogique des choses, parce
que c’est avec ça que j’ai grandi. C’est pour ça qu’elle m’est plus naturelle. Mais le
numérique est beaucoup plus excitant !
Et par rapport à votre processus créatif ?
Même lorsque je réalise une sculpture en trois dimensions j’utilise cette approche. J’ai
deux ateliers. L’un est un atelier à bois où je travaille mes sculptures, et l’autre est un
atelier de peinture à la maison. Je prends souvent des photos de mes sculptures en
cours pour pouvoir faire des ajustements avec une tablette graphique sur mon
ordinateur à la maison. Cela me donne une certaine liberté pour penser aux choses et
avancer rapidement. Et le lendemain je peux retourner à mon atelier à bois et faire
ces changements – si cela a du sens. J’adore par exemple cette idée de vous regarder
en ce moment même sur l’ordinateur et de savoir qu’il y a d’autres programmes,
d’autres fenêtres ouvertes derrière la fenêtre Skype. Cela ressemble fort à une idée
cubiste de l’espace où, si je place une autre image sur tel ou tel programme, l’écran ou
la fenêtre change. On peut ainsi mélanger des centaines d’images à la fois.
Qu’elles reposent ou non sur un support mobile, vos sculptures semblent
toujours en mouvement, à la manière de « L’homme qui marche » de
Giacometti ou du « Devil Fish » de Calder. C’est comme si elles se dirigaient
quelque part, mais où ?
J’aime le fait que d’habitude les sculptures sont simplement là, et que lorsqu’on s’en
approche et qu’on en fait le tour, elles changent. On leur apporte ainsi du
mouvement en interagissant avec elles. J’aime donner à mes oeuvres un sens du
mouvement, créer la sensation qu’elles sont sur le point de bouger ou peuvent être
déplacées. L’idée d’équilibre est également intéressante : par exemple, en créant une
sculpture qui donne l’impression qu’elle va tomber, on lui confère un mouvement
inhérent à travers ce jeu de poids et de formes.
Est-ce que le contraste entre la Californie et le Texas est une composante de
votre travail et un moyen de le comprendre ?
Je viens de faire une exposition avec Richard Hawkins, un Texan lui aussi et un bon
ami à moi, à la galerie David Kordansky à Los Angeles. Cette exposition a été
fortement influencée par le Texas, ou plutôt par l’imagerie et l’idée que suscite le
Texas de l’extérieur. Je ne pense pas que nous aurions pu faire cette exposition en
travaillant au Texas. Cela devait se faire à Los Angeles, en regardant en arrière. Mais
il est vrai que même aujourd’hui lorsque je regarde Noguchi ou David Smith, cela
me renvoie automatiquement à mon passé, à quelque chose qui aurait été assemblé à
la va-vite derrière une cabane de péquenaud quelque part – que ce soit une sculpture
faite de pneus dans le jardin de mon voisin, ou un élément du décor du show télé «
Hee Haw ».
Dans quel état d’esprit approchez-vous le collage ?
C’est une sorte d’entre-deux. Les collages sont généralement créés lorsque je fais une
pause entre deux activités, qu’il s’agisse de sculpture ou de peinture, et que je me
laisse la liberté de ne pas penser, ou plutôt de penser visuellement. C’est un peu
comme changer de poste pendant les pubs à la télé au milieu d’une émission. C’est
difficile à expliquer. J’apprécie le fait de ne pas devoir m’assurer que la pièce tienne
debout comme une sculpture. Ainsi il n’y a pas vraiment d’autre interaction physique
que le déplacement des images. Et ce qui est génial à propos de cet aspect de mon
travail, c’est que je peux fabriquer une centaine de collages et les jeter à la fin de la
journée s’il me semble qu’ils ne sont pas aboutis. C’est une grande liberté.
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Aaron Curry 'White Off'
June 1 - July 22, 2012
Interview with Aaron Curry through skype on May 23rd 2012.
Julie Boukobza
How did you approach your first show at the Brussels's gallery?
I went to visit the gallery a few months ago, and simply started by making sketches in
response to the space. My last few shows were based on a loose idea of abstraction
using different forms of camouflage, with patterns that had been created using a
computer. I covered the rooms and sculptures with the same pattern so that the
forms would disappear at different angles, and change as you walked around them.
With this show I decided to use what was already there, which is the white walls. The
main gallery consist of all white sculptures and wall pieces.
In this exhibition, it seems that you decided to make a clear distinction between
the handmade and fabricated artwork?
There is a difference but it’s not as big as it seems. The works were produced from
maquettes that I had quickly made by hand with a jigsaw, almost like sketches. They
were then scanned, blown up and produced in metal. What happens when you do
this is the gesture that I make using the saw gets amplified. Something that is maybe
six inches becomes six feet. I think of it more like an amplification of the handmade.
The original gesture is mediated but it still feels extremely physical and even more
intensified. It’s like plugging a guitar into an amplifier to make it louder. These
works function in the same way to me.
It is often said about your work that you jump easily from one dimension to
another, the line between two and three dimension seems blurry, how can you
explain this phenomenon?
I started out as a painter, and when I first started making sculptures they were pretty
much just clunky paintings that were falling off the walls. The more they spilled into
the space, I realized that I liked the awkwardness of them, that the space they existed
in was somewhere in between two and three dimensions. It’s a bit open ended in a
way. I wasn’t brought up around art so my understanding of painting and sculpture
came from books. And because I learned to look at art from a flat plane in a book, an
album cover, or even a computer screen, I’ve always enjoyed the awkwardness of it as an illusion. I like to try and find in my work this space in between the two. I guess
I’m always trying to get my paintings to come out into the space three dimensionally
while also trying to get my sculptures to do the opposite, to flatten into the walls
around them.
Do you think that digital and / or analog values are consciously part of your
practice?
I don’t know, analog make me think of music because I used to be a musician and I
understand the difference in that way. As far as making artworks, I don’t know how
to apply analog to it. If you think about analog in music terms, say if you record
something, there is always a relation to time. It can be something on a loop, or
something always moving forward. It can be cut or spliced but it usually takes time
and feels kind of crude. With digital you can cut and paste much faster and easier.
It’s in its nature, which is really interesting to me. I think I’m probably nostalgic for
an analog idea of things, because that’s what I grew up around, it is more natural to
me because of this, but digital is much more exciting!
What about your approach in the making?
Even when I’m making a physical sculpture, I use this approach. I have two studios.
One is a wood shop where I work on my sculptures and the other a painting studio
at home. I often take photos of my sculpture in process so that I can come home and
use my computer to digitally draw on top of the image using a drawing tablet to
make adjustments. It gives me a certain amount of freedom to think about things
and also move very quickly with them. And the next day I can return to my
woodshop and make those cuts, if that makes sense. I love this idea of even looking
at you now on the computer and that there are other programs and windows open
behind the skype window. This is very much like a cubist idea of space, where if I
put or pull another image on top of this or that program, the screen or window
changes. You can mash it up that way with hundreds of images at one time.
Your sculptures always seem in motion - from Giacometti " Walking Man" to
Calder's " Devil Fish"- standing on dollies or not, as if they were ready to go
somewhere, but where?
I like that sculptures usually just sit there, and when you approach them and walk
around, they change. You give it movement through your interaction. And I like to
give them a sense of movement, or the feeling that it is about to move, or can be
moved. It’s equally interesting as balance, for example, if you make a sculpture that
looks like it’s about to fall over using balance, it gives it this implied movement,
through weight and form.
Is "California versus Texas" a component of your work and a way to
understand it?
I just did a show with Richard Hawkins, a fellow Texan and good friend of mine in
Los Angeles at David Kordansky Gallery. That show was heavily influenced by Texas
or more the imagery and idea of what Texas looks like from the outside. I don’t
think we could have made that show working in Texas, it had to be done in Los
Angeles looking back. But it’s true that even today when I look at Noguchi or David
Smith I automatically make reference to something from my past that was cobbled
together outside of some hillbilly shack somewhere. Whether it was a tire sculpture
in my neighbors yard, or a prop from the TV show Hee-Haw.
In which state of mind do you approach collages?
It’s kind of an in between place. They are usually create in a moment where I take a
break from other things whether it’s sculpture or painting, and allow myself the
freedom to not think, or actually to think visually. It’s somehow like a commercial
break on television where you tune out in between the show. It’s hard to explain. I
like that I don’t need to make sure it physically stands up like a sculpture, so there
isn’t any real physical interaction other than moving images around. And the great
thing about this part of my practice is that I can make a hundred collages and throw
them out at the end of the day if I feel that they don’t work. That’s a lot of freedom.
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