Anton Meier Galerie

Franklin Chow 'Works on paper - Tondo'

Franklin Chow 'Works on paper - Tondo'

sans titre by franklin chow

Franklin Chow

Sans titre, 2011

Preis auf Anfrage

sans titre by franklin chow

Franklin Chow

Sans titre, 2011

Preis auf Anfrage

Donnerstag, 26. April 2012Samstag, 9. Juni 2012


Geneva, Switzerland

Franklin Chow 'Works on paper - Tondo'
26 avril – 9 juin 2012

Une réalité filtrée
Les nouveaux travaux de Franklin Chow portent tous la même légende – «Encre de Chine et huile sur papier» –, allusion au principe de son dispositif expérimental. Les feuilles forment l’espace où se rencontrent diverses cultures picturales, celle de l’Extrême-Orient et celle de l’Occident, représentées par deux matériaux: l’encre de Chine et la peinture à l’huile.

Ce n’est pas uniquement dans l’emploi de cette substance étrangère, l’huile, que Franklin Chow s’éloigne des fondements de la peinture chinoise traditionnelle. Le papier n’est pas blanc, il est ombré d’une première couche d’encre grise. Nous nous trouvons donc au sein d’un espace pictural assombri dans lequel le regard doit s’ajuster pour distinguer les différentes nuances d’obscurité. De plus, l’artiste délaisse la calligraphie et la peinture figurative; les signes visuels qu’il propose sont tout au plus des particules de systèmes de notation linguistiques ou musicaux.

La rencontre de l’huile et de l’encre de Chine soluble dans l’eau, substances en principe inconciliables que le papier absorbe différemment, donne naissance à des figures amorphes. On peut y lire des circuits calcinés sur disques, des enchevêtrements de câbles rongés par l’acide ou certaines de ces structures bizarres qui apparaissent lorsqu’à la Saint-Silvestre, on jette du plomb fondu dans de l’eau froide et qu’on cherche à déchiffrer le sens de ces agrégats aléatoires. Une atmosphère d’expérience nimbe les feuilles, celle d’un laboratoire d’alchimie où se produisent des réactions qui surprennent l’expérimentateur lui-même.

Les coulures d’encre et d’huile, les amas de couleur s’incurvent à la surface de la feuille, de fins encroûtements et lapiaz participent de sa topographie. Autant de territoires qui forment des structures de relief, dessinent une manière de braille abstrait sur la surface rêche et fibreuse du papier. En vérité, la vue de ces feuilles nous incite à fermer les yeux, à s’abandonner littéralement au mysticisme et à tâter le sens et le secret de ces aspérités, comme pour tenter de reconstituer la genèse du mot allemand «tuschen» (dessiner à l’encre) et remonter à sa racine française «toucher». Dans le haut Moyen-Age, abstractus ne désigne pas encore la qualité d’un texte ou d’un tableau, mais un état d’âme: la concentration accrue d’un érudit, une sublime et délirante clairvoyance, un ravissement de tous les sens. Il y a ici un transfert imaginaire de la vue au toucher, de l’œil à la main. Mais n’est-ce pas ainsi que le travail du peintre doit être représenté?

Que nous disent ces signes de braille? Les aspérités racontent certains moments et certains événements, les imprimant dans le papier qui grisonne sous les sédiments de la vie vécue. Les feuilles apparaissent donc comme un filtre de la réalité, sur elles le temps écoulé a laissé son empreinte – pétrole sur l’ombre d’une eau souterraine.

Richard Weihe